Congrès Mondial des Études sur le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord

Barcelone du 19 au 24 Juillet 2010

 < NOT_DEFINED backto RÉSUMÉ DES PANELS

Une autre anthropologie du fait urbain en Iran (079) - NOT_DEFINED activity_field_Panel
 

· NOT_DEFINED institution: Doctorant, Laboratoire Gremmo, Université Lyon 2 (France)

· NOT_DEFINED organizer: Amin Moghadam

· NOT_DEFINED language: English/Français

· NOT_DEFINED description: Une autre anthropologie du fait urbain 1979 fut l’année où pour la première fois la population urbaine dépassa en nombre la population rurale en Iran. Le fait urbain y est donc à la fois incontournable comme nous le rappellent ces cinq textes mais également sujet à représentation, objet de conflit et volonté de réappropriation comme nous l’avait démontré la geste révolutionnaire. Au début était le pétrole devrait-on dire, cette rente qui a tant marqué la structure sociale et l’écologie urbaine iranienne. Les prolégomènes de cet état sont évoqués dans le premier texte qui traite du développement d’un nouvel espace urbain à cause de l’exploitation du gaz de South Pars et ne peut manquer de soulever la complexité du rapport rural/urbain en Iran, en nous rappelant que le rural est aussi une catégorie conceptuelle aussi peu évidente que peut l'être l'urbain. Trois textes de nature assez différente s’attachent à montrer comment la ville génère une quête de l’espace, un apprentissage, mais aussi une conquête contre d’autres ordres sociaux et architecturaux. Le premier met ainsi l’accent sur les implications de la mobilité des femmes dans la capitale Téhéran comme recomposition de certains territoires et subversion d'un certain ordre des choses. Le second et le troisième, plus allégorique peut être à cause de la profession de ses auteurs, l’une vidéaste et l’autre photographe, soulignent la dimension conflictuelle, les renégociations toujours remises en cause, la quête d’une identité et la volonté toujours réaffirmée des femmes de se réapproprier ce qu’elles pensent être un espace pour elles. Le dernier texte continue sur cette ligne en s’interrogeant sur la manière dont le nouveau cinéma iranien représente la ville pour y repérer de nouveaux espaces de liberté, des lignes de fuite qui donnent à ce panel sa véritable architecture : celle d’une invention inachevée.

Président: Fariba Adelkhah, Directeur de recherche, Sciences Po. (Centre d’études et de recherches internationales)

Présentateur: Amin Moghadam, Doctorant en géographie, Laboratoire Gremmo, Université Lyon 2, Projet de South Pars : plate-forme on shore d'un gisement de gaz et les prémices d’une ville au c'ur d'un milieu rural
Le développement industriel du projet de South Pars est à l’origine des transformations socioéconomique et environnementales que l’on constate au pourtour des zones d’implantation, aux abords immédiats des villages iraniens d’Assaluyeh, de Nakhl-e-Tagi et de Bid-e-Khoun, que régit un système rural dont l’identité ethno-géographique serait périphérique par rapport au reste du pays. La force de travail de South Pars est aussi caractérisée par la diversité des cultures professionnelles, elles-mêmes résultantes de l’économie morale distincte de ces acteurs. L’installation des entreprises nationales et étrangères dans cette région a provoqué des changements importants à l’échelle des villages en modifiant non seulement la composition démographique de la zone (en peu de temps le nombre des migrants-travailleurs en provenance des grands centres urbains ou des pays étrangers ont dépassé les 10 000 habitants des trois bourgs) mais aussi les modes de production et d’accumulation, ainsi que le cadre de la vie quotidienne de la population locale. L’insertion ou l’entrée brutale dans le milieu industriel provoque des déséquilibres socio-culturels. Ces déséquilibres, multiples et complexes, sont autant liés à un processus d’urbanisation rapide qu’à l’arrivée d’une masse de travailleurs de cultures et de confessions religieuses différentes, voire antagonistes. La rencontre de ces mondes, que provoque un projet d’envergure nationale, ne peut être comprise qu’à travers les interactions entre les grands centres urbains du pays et ses campagnes. Notre communication s’interrogera sur la perception différenciée du temps politique et des idéologies d’un groupe social à l’autre à partir des entretiens que nous avons menés.

Présentatrice: Mina Saïdi Sharouz, Chercheur - Observatoire Urbain de Téhéran, Les mobilités quotidiennes des femmes à Téhéran, entre planification urbaine et pratiques socio-spatiales
A Téhéran, la mise en oeuvre du schéma directeur conçu à la fin des années 60, retardée par des événements politiques et la guerre Iran-Irak, arrive à sa maturité depuis seulement deux ans. Ce schéma basé essentiellement sur un modèle américain de développement avait été imaginé lors de la grande période de modernisation de l’Iran sous le Shah, Mohamad Réza Pahlavi. Ce modèle urbain préconisait un étalement horizontal de la ville, une circulation vouée à l’automobile et des zones d’activités spécifiques reliées entre elles par un gigantesque réseau autoroutier. Nos travaux de recherche au sein de l’Observatoire Urbain de Téhéran depuis 2003, basés sur l’étude des pratiques et des représentations des habitants de Téhéran d’aujourd’hui, démontrent aisément les clivages entre les éléments de ce plan entre d’une part, les réalités de la vie quotidienne des habitants et d’autre part, les grands enjeux planétaires tels que la lutte contre la pollution atmosphérique et le développement durable. Dans une ville que certains qualifient avec humour, de « grand parking » et où le nombre grandissant de voitures empêche la fluidité de la circulation, les études de transport deviennent urgentes et se multiplient. Malheureusement, ces études se limitent aux trajets en voiture sans tenir compte des mobilités quotidiennes. Une notion qui embrasse le mouvement mais aussi le mode de vie et les relations créées avec les êtres et les lieux traversés. Nous avons ciblé notre objet de recherche sur les mobilités des femmes, un phénomène nouveau et massif qui contribue à recomposer la société et les territoires urbains. Cette communication rendra compte des résultats d’une enquête menée sur le terrain dans le cadre de la réflexion sur le nouveau schéma directeur de Téhéran suscitant de nombreux débats depuis trois ans entre les professionnels, les autorités et la population.

Présentatrice: Ghazel, Artiste visuelle indépendante, Série vidéos performances « me » Les images de la série « me » naissent des mille paradoxes que tisse la vie quotidienne de l’artiste, entre son travail d’art thérapeute à la prison des femmes et sa vie de jeune fille iranienne de la bonne société de Téhéran. A travers « me », se dessine avant tout le portrait d’ une artiste, femme et iranienne. Des séquences de vie sont tournées dans des lieux qui lui sont familiers, pour la plupart des espaces intimes. L’appropriation de ces lieux et leur mise en image témoignent d’une volonté d’être vue et reconnue à l’intérieur, (« J’ai toujours eu du mal à trouver un endroit pour me concentrer » déclare l’artiste tandis qu’assise sur le siège des toilettes chez elle, elle tente de lire un article de Magazine Times) comme à l’extérieur et dans l’espace public (''every woman has a dream to be Miss something !).« Une liste » d’images, au sens d’Umberto Eco, supplée à la difficulté de définir ce qu’est aujourd’hui la vie d’une jeune femme iranienne. Faits et gestes du quotidien tressent la trame d’une existence qui fait malgré tout la part belle au plaisir, à l’insolite (ski nautique en Tchador) mais aussi la rumeur du Monde et de l’Histoire (l’héroïsme d’une femme armée arpentant péniblement une piste de ski) traités avec humour par Ghazel.« Me » ne prétend pas représenter la femme iranienne, mais nous force à regarder : images stéréotypées de la femme iranienne, images de l’intimité que surprend le spectateur, prégnance du Tchador comme signe vestimentaire incontournable: « Life is fun » s’écrie l’artiste en Tchador qui monte un cheval de manège ! Néanmoins c’est avec cet « uniforme », comme l’appelle Ghazel, que la femme iranienne fait accepter son entrée dans l’espace public depuis la révolution de 1979.Cette liste visuelle se poursuit dans l’infini des images et évoque le combat quotidien et extra-quotidien de la femme iranienne, si présent dans les événements politiques actuels en Iran.

Présentatrice: Niloufar Banisadr, Photographe-Enseignant à Spéos,Paris Photographic institute, Serie Photographies « Ma ville perdue »
Chaque fois que je reviens à Téhéran, je suis un peu plus étonnée et oppressée par le manque d'espace, la forte concentration de béton, et ces embouteillages, cette pollution ... l'opacité de l'air. Il n'y pas plus de cohérence architecturale, du vieil immeuble traditionnel mal entretenu, on passe à des immeubles tout en verre. Mis à part le sud de Téhéran, il n'y a plus d'identité, on ne sait plus ou on est, on ne retrouve plus ses propres traces dès lors que l'on s’absente quelques années. Quand j'y reviens, surtout en hivers, le ciel gris, le temps froid renforce cette laideur. Pour y échapper, je me réfugie dans les maisons de la famille, avec leurs petits jardins...En espérant que quelques nouvelles tours ne viendront pas effacer mon propre passé.

Présentatrice: Asal Bagheri, Doctorante au Laboratoire « LMS », université Paris Descartes, La ville, le troisième personnage des triangles amoureux du cinéma iranien post-révolutionnaire
Depuis la Révolution Islamique de 1979, en Iran, l’utilisation de l’espace privé et public a été bouleversée. Notamment, la loi impose des tenues vestimentaires particulières et des règles de conduites spécifiques entre les hommes et les femmes. En est découlée la fameuse et supposée « schizophrénie » des Iranien(ne)s. En effet, l’intérieur de la maison est plutôt considéré comme l’espace de liberté et l’extérieur de la maison comme l’espace des interdits et de l’enfermement. Cette différenciation vestimentaire et comportementale est particulièrement flagrante en ville où la jeunesse défie les règles en créant des espaces « semi privé, semi liberté ». L’habitacle des voitures en est l’un des exemples les plus manifestes : les Iraniens des deux sexes y expérimente une liberté fragile. Pour ce qui est de l’art dans ce contexte particulier, le problème qui se pose est de savoir Comment figurer ou exprimer cette distinction entre l’extérieur et l’intérieur. Car l’art, en tant qu’ « objet public » doit suivre les règles imposées à l’espace public. Notre travail est une étude sémiologique qui porte tout particulièrement sur le visage de « l’extérieur » et de « l’intérieur » dans le cinéma post-révolutionnaire. Nous essayons de comprendre comment les réalisateurs arrivent à contourner la censure, les tabous et les interdits pour dépeindre les relations amoureuses dans l’espace public ou privé ; et comment la ville et les mobilités urbaines, « personnages » omniprésents de ce cinéma deviennent des éléments incontournables pour les relations considérées comme interdites par la loi et par la société. De ce fait, Nous nous appuyons sur deux films: « foulard bleu » (1994) de Rakhshan Bani-Etemad et « Syavash » (1998) de Saman Moghadam.Nous suivons la méthodologie de la sémiologie des Indices proposée par Anne-Marie Houdebine. Notre analyse comprend deux étapes : l’analyse systémique qui consiste à chercher une structure internes ; et une analyse interprétative du contenu qui s’intéresse aux dénotés, aux connotés et aux effets de sens en s’appuyant sur des références culturelles, sociales, encyclopédiques et historiques.