World Congress for Middle Eastern Studies

Barcelona, July 19th - 24th 2010

 < Back to SUMMARY OF PANELS

L'URBANISME ET L'ARCHITECTURE EN SITUATION COLONIALE CONSIDERES AU MIROIR DU PROCESSUS DE DEVELOPPEMENT DU TERRITOIRE - 2/2: Le formes territoriales, urbaines et architecturales en Afrique du Nord aux XIX-XXIe siècles. Permanences ou ruptures - Maghreb (152) - Panel
 

· Date: TUE 20, 5.00-7.00pm

· Institution: Vienna University of Technology /IRMC Tunis

· Organizer: Vittoria Capresi / Charlotte Jelidi

· Language: English / Français

· Description:

Encore trop emprunte de passion, l'histoire coloniale se confond souvent avec une histoire des dominations indépendante des histoires nationales. Ce travers a été récemment dénoncé par l’historien Jean-Frédéric Schaub, qui pose la question du bien fondé de la catégorie «étude coloniale» et invite les chercheurs à adopter une approche transversale et à éviter d’aborder cette histoire comme une «catégorie d’étude qui continue à se tenir à l’écart de l’histoire nationale ou métropolitaine». Ainsi, l’idée est de réunir des contributions qui étudient les permanences, les influences, les ruptures territoriales, urbaines, et architecturales (typologie et styles), autrement dit les faits coloniaux (évolution du territoire et des villes) considérés en lien avec le passé -et non comme des événements totalement exogènes-, et les choix actuels influencés, ou non, par ses faits. Le panel fera se rencontrer des chercheurs qui travaillent sur l’urbanisme et l’architecture à l’époque coloniale, de manière connectée avec la période pré-coloniale et la période post-coloniale jusqu’à nos jours.
*J.-F. Schaub, «L’histoire coloniale en question», Annales histoire, sciences sociales, n°3, Empires, EHESS, mai-juin 2008, pp. 625-646.

Chair: Vittoria Capresi (Université technique de Vienne)

Discussant: Charlotte Jelidi (IRMC)

Paper presenter: Mylène Théliol (Enseignante, Vesoul), « La conservation et restauration des monuments historiques marocains durant les premières années du protectorat français (1912-1935) ou comment continuer à entretenir les édifices habous dans la plus pure tradition marocaine »

La création d’un programme patrimonial du Maroc durant les premières années du protectorat émane du général Hubert Lyautey, premier Commissaire résident général. La patrimonialisation du pays répond à deux principes: «sauvegarder la couleur locale» contre toute influence européenne et surtout montrer la bienveillance française vis-à-vis des Marocains. Ainsi dès novembre 1912, il est crée un dispositif administratif et législatif relatif à la conservation des monuments historiques qui est appliqué par la mise en place d’un Service des antiquités, beaux-arts et monuments historiques. Le premier souci de ce dernier est de protéger les villes marocaines quasiment vierges d’architectures européennes. Les cités impériales, Rabat-Salé, Meknès, Fès et Marrakech, sont les premières visées. Cette conservation concerne les médinas marocaines et leurs architectures. Cependant celle-ci reste conditionnée à une pensée française voire européenne du monument historique qui se résume à une sélection typologique d’édifices les plus représentatifs d’une période historique, d’un style artistique précis ou déjà préservés par les Marocains. Dans cette sélection, les édifices habous sont ceux qui ont été catalogués en premier et en très grand nombre. Ces bâtiments habous consistent en architectures d’intérêts généraux tels que les médersas, les mosquées, les zaouïat, les fontaines et les msids. Tous ces édifices étaient déjà entretenus par les Habous mais ces derniers, en 1912, ne peuvent plus continuer à subventionner leur entretien. Le Service des antiquités, beaux-arts et monuments historiques intervient alors et prend à sa charge la conservation de ces édifices et leur restauration. Cette dernière est effectuée avec diverses techniques issues de la tradition artisanale marocaine et des nouveautés françaises importées au Maroc. Mots clés : conservation, restauration, édifices habous marocains, médinas marocaines, artisanat.

Paper presenter: Zohra Hakimi (Office Public de l’Habitat de la région parisienne, France), “Planification urbaine et gestion permanente de la ville d’Alger : entre reprise et continuité des études (1930-1984)"
Cent trente ans de colonisation française ont fait sortir Alger de ses limites, mais il ne faut pas oublier que cette explosion spatiale ne s’effectua pas seulement en réponse aux nouveaux besoins de la communauté européenne, mais aussi dans un contexte mondial d’industrialisation et de développement de nouveaux moyens de transport terrestres et maritimes, des technologies de construction et d’agriculture, qui ont entrainé des changements socioéconomiques importants.
L’analyse des projets sur la ville depuis le premier plan de 1846, en passant par les plans de Eugène de Redon, Danger, Prost, Renaud, jusqu’au plan de 1948, montre qu’il y a une sédimentation des projets sur la ville, indépendante de leur réalisation. L’indépendance (1962) vient briser pour un temps l’élan de l’expansion spatiale d’Alger. L’occupation des biens vacants et l’achèvement des grands ensembles issus du plan de Constantine arrivent à satisfaire les besoins en logements, et Alger supporte tant bien que mal l’accroissement de sa population de près de 400 000 personnes entre 1962 et le recensement de 1966. A cette date, la structure sociale algérienne apparaît déjà profondément modifiée par rapport à la période coloniale.
Dans ce contexte, ce sont les quinze premières (1962-1984) après l’indépendance qui nous intéressent ici. Une nouvelle politique économique voit progressivement le jour avec l’institutionnalisation de l’autogestion, la nationalisation des biens vacants et la création des premières sociétés nationales à capital public. Cependant la nouvelle politique urbaine sera marquée par la continuité par rapport à la période coloniale. Aucun changement important n’intervient dans la législation sur l’urbanisme, le statut des organismes de promotion et gestion immobilière ou les techniques de construction.
A travers la planification, nous observerons donc les continuités et les ruptures qui existent entre la politique urbaine de la période coloniale et celle mise en œuvre après l’indépendance.

Paper presenter: Leïla Ammar (Enseignante ENAU, Tunis), «Modernité et transformations urbaines à Tunis dans la seconde moitié du XIXème siècle, le quartier Al Jazira-Al Sadiqiyya ,1875-1880»
Tunis dans la seconde moitié du XIXème siècle a connu des transformations décisives au plan de la forme et du statut de l’espace urbain. La genèse de la ville neuve initiée dès 1850 en amont du protectorat est étroitement liée aux conceptions de la rue et à la naissance de l’espace public moderne. L’évolution de la conception des rues et des espaces publics de Tunis, et de leur gestion, se donne à voir à partir de la superposition et de la convergence de trois logiques qui fondent la spécificité de l’espace public moderne tunisois.
En premier lieu, la modernisation de l’espace urbain est issue d’une évolution interne de la société tunisienne confrontée à l’évolution des techniques, à l’augmentation de la population européenne, à l’ouverture commerciale de la Méditerranée à la fin du XIXe siècle, à l’influence des tanzimats de la Turquie ottomane, soit à une série d’influences croisées repérables dans la plupart des grandes villes méditerranéennes à la même période. En deuxième lieu, le passage de la rue à la voie publique au cours de la seconde moitié du XIX° siècle à Tunis correspond à une clarification de l’espace urbain, à une réduction de sa complexité et à une victoire de la distance sur la proximité. Enfin, l’espace public moderne se configure à Tunis à la fin du XIX° siècle dans le contexte de la domination coloniale et de la confrontation de deux modes de vie, de sociabilités et de gestion urbaine qui coexistent. Cet espace public s’est construit à partir de dispositifs matériels et réglementaires antérieurs au Protectorat ; il s’est affirmé en séparant strictement les domaines public et privé. Un processus qui est à situer dans la convergence de phénomènes historiques majeurs: l’émergence d’une nouvelle classe bourgeoise européenne et juive, active au plan urbain, et l’intérêt des tunisois pour la rente foncière; les changements qui affectent l’appréhension de l’espace urbain chez les acteurs tunisois; les transformations de la ville que matérialisent les tracés de la ville neuve, corollaires du statut subalterne donné la ville ancienne.
De cette problématique se dégage une période cruciale, les années 1858 - 1888, durant laquelle intervient une série de ruptures du double point de vue de la forme urbaine et du statut de l’espace urbain. On observe, en effet, une entrée en crise à plusieurs niveaux depuis les années 1850, mais aussi, et paradoxalement, des signes de développement et d’essor urbain. Le passage «d’une ville à l’autre» correspond à la transformation du statut de l’espace urbain alors que les autorités urbaines traditionnelles font face au pôle réformateur organisé à partir de 1858 autour du Conseil municipal, puis du Département des travaux publics de 1873 à 1877. De nouvelles logiques de construction de la ville prennent alors place. Dans la seconde moitié du XIX° siècle à Tunis s’opère le passage de la rue ancienne, où les limites du privé, du public et du communautaire sont floues et instables, à la voie publique qui codifie strictement l’usage des domaines public et privé et garantit l’accessibilité et la sécurité pour tous dans l’espace public. Nouvelle, au sens de la gestion urbaine et des formes, la voie publique dont on peut se demander dans quelle mesure elle recoupe les catégories traditionnelles de tarîq et de châri’ constitue l’outil principal de transformation de la ville. La voie publique porte la notion complexe, polysémique et controversée d’espace public à Tunis.
C’est à travers la naissance et la genèse du quartier Al Jazira –Al Sadiqiyya tracé et édifié en amont du protectorat (1875-1880) que nous proposons d’inscrire la problématique des permanences et des ruptures qui ont affecté l’espace urbain tunisois.

Paper presenter: Mohamed Mezzine (Professeur Histoire, Université de Fès, Maroc), «La patrimonialisation: une façon de penser et de réguler l’héritage urbain colonial, Fès un exemple à méditer»
La patrimonialisation de l’urbanisme colonial de la ville de Fès au Maroc a été au centre du débat sur la valorisation du patrimoine qui a animé les milieux des architectes, des historiens et aussi des politiques à partir de 1980.
Longtemps après l’accession du Maroc à l’indépendance, les questions d’identité, d’indépendance et de modernité ont continué à modeler le champ de l’aménagement de l’espace urbain, remettant à la mode les influences architecturales de l’héritage colonial. De profondes mutations vont affecter le champ de l’aménagement urbain. L’émergence des concepts de patrimonialisation, et l’institutionnalisation du label UNESCO pour sauvegarder les héritages urbains des villes, vont constituer de nouvelles voies pour la régulation du patrimoine colonial de la ville de Fès.
Ce patrimoine sera donc pensé, dans le sens de la continuité, et régulé dans le sens de l’appropriation. Suivre ce processus à travers l’exemple de Fès sera l’objet de cette intervention.

Paper presenter: Olfa Jamaa (Doctorante), «L’influence de l’Architecture coloniale sue celle Tunisienne contemporaine»
Ce travail vise à aborder la problématique des influences de l’architecture coloniale sur celle tunisienne contemporaine.
A l’aube du Protectorat français en Tunisie, le discours de Jules Ferry sur la protection du «patrimoine des indigènes» comme moyen d’éviter des confrontations sanglantes inutiles, n’empêchent pas la médina d’évoluer, et de s’adapter aux nouveaux besoins de sa population. Ainsi, une architecture coloniale spécifique à la médina est produite, parallèlement à la création de la ville nouvelle. Ces architectures ont des spécificités propres, et toutes deux influences aujourd’hui la production des architectes tunisiens.
Mon objectif est d’étudier la position actuelle de ces maitres d’œuvre qui cherchent une voix de création entre le moderne et le traditionnel, afin de voir de quelle manière l’architecture coloniale, produite en ville nouvelle mais aussi en médina, apparaît pour certain comme «un modèle».

Paper presenter: Fadila Kettaf, Laboratoire GESTER, université Paul Valéry, France, « L'héritage des espaces urbains coloniaux : Quand la place publique s'impose à la ville d'Oran »
La place du 1er Novembre 1954 est aujourd’hui un fleuron d’Oran patrimonial. Lieu de pouvoir de la ville coloniale française, elle est demeurée un repère majeur dans la trame des espaces éminemment publics. La structure urbaine de la ville y dépend fortement tant elle a été le support de son développement, le préalable à son émergence. Construite aux portes de la vieille ville, elle s’impose par les édifices et monuments qui lui servent d’écrin et qui rehaussent la qualité remarquable de sa composition et aménagement. Si on examine son histoire et sa toponymie, on s’aperçoit qu’elle a connu plusieurs temps forts de composition et de recomposition inscrivant à chaque passage une trace, un nouvel emblème. Depuis sa formation la symbolique a de fait opéré au vu des noms qui lui ont été affectés et des usages qui l’ont marqué. Prosaïquement, ils relatent l’histoire de la ville au rythme des évènements politiques qui d’un vécu à un autre ont façonné une mémoire collective de la place et durablement renforcé son caractère emblématique. Le processus de construction récente de nouveaux quartiers à l’Est de l’agglomération oranaise a incontestablement fait perdre de vue la nécessité de relancer la dynamique de valorisation de l’héritage colonial et plus particulièrement celle des espaces publics. Après un long temps d’abandon, voilà que les places publiques réintègrent la réflexion sur la réhabilitation des vieux quartiers de la ville et supportent à nouveau un élan de modernisation urbaine. Au regard des transformations urbaines de la ville envahie tambour battant par une « modernité » sans concession, L’article s’interroge sur ce qui constitue la longue durée de la place publique du 1er Novembre 1954 en analysant les processus de sa permanence et les exigences de renouvellement de cet espace, symbole de toute une ville. Comment se sont conciliées les histoires urbaines successives pour assurer sa persistance? Faut-il asseoir les bases d’une nouvelle identité urbaine postulant l’exceptionnalité culturelle et l’héritage comme fondements d’une pérennité urbaine? Mots clés : Espace public, composition, symbolique, permanence, renouvellement

Paper presenter: Naima Abderrahim Mahindad, Université Saad de Blida, Algérie, La ville de Bejaia: Quartier Bab El-Luz et Les Cinq fontaines coexistance dedeux modes d'implantation dans le centre historique à la periode colonniale
La lecture topographique de la ville de Bejaia à travers les éléments de sa structure urbaine (axes principaux, remparts et édifices importants) et l’analyse des différents modes d’implantation à la lumière des repères historiques, nous ont permis d’esquisser les étapes d’évolution de l’histoire urbaine de la ville de Bejaia et notamment à la période coloniale. A la période française, la ville a connu plusieurs étapes d’évolutions et de transformations qui ont touché sa structure urbaine comme il apparaît dans les différents plans cadastraux : celui de 1841, où la ville conservait encore la structure héritée de période antérieure. Celui de 1870 où les premières opérations d’alignement faisaient leurs apparitions et enfin le plan de 1920 ou l’enceinte fut agrandi et la ville s’étendait avec la création de nouveaux quartiers. Le quartier Bâb El-Lûz appelé aussi le quartier arabe est resté relativement complet, malgré quelques opérations d’alignements. Un autre avantage que représente ce quartier c’est qu’il a été le lieu de concentration de la population autochtone ce qui a engendré une homogénéité de sa substance architecturale. Par ailleurs le quartier des Cinq Fontaines longtemps déserté, n’a été reconstruit qu’à partir de 1896, suite à l’ouverture de la rue Cinq Fontaines : Ce quartier était considéré comme le quartier central de la ville, réservé aux européens et appelé à accueillir une industrie particulière. La rue ainsi ouverte avait accéléré la construction du quartier. A travers l’étude comparative des deux quartiers, on établi la coexistence de deux parties de la ville ; la ville arabe et la ville européenne ou la forme d’appropriation de l’espace font ressortir des aménagements révélateurs de formes de vie différentes. La division de la ville en quartiers n’est plus considérer comme un mode de gestion comme était le cas à la période ottomane mais plutôt comme un mode d’urbanisation tel qu’il a été démontrer dans notre étude sur les deux quartiers de la ville de Bejaia : Bâb El-Lûz et Acherchour (les cinq fontaines).Ces données nous ont permis de cerner l’impact et les conséquences urbaines des différentes interventions françaises dans la ville historique où, on est confronté aujourd’hui à la problématique de délimitation de ce centre historique du fait que :-C’est une ville stratifiée- La coexistence du quartier arabe (traditionnel) et du quartier européen (de fondation française).